À propos de

Michel CORREARD

Photographe

Se lancer dans une exposition de ses photos, c’est révéler son âme. La photo c’est l’œil qui n’est que le prolongement physique de l’âme. La photo, c’est se mettre à nu afin de retranscrire ce que voit l’œil.

La photo, c’est l’éternel combat entre l’immatérialité de l’âme et le cartésianisme du moment présent. La photo, c’est en un seul clic dénué de sentiment l’apparition de la beauté ou la noirceur de l’âme dans son entièreté.

Trente-cinq longues années passées sous l’uniforme des sapeurs-pompiers, à voir la nuit et la lumière, à côtoyer la vie et la mort de l’autre. A observer des lieux, des comportements, des moments. A se dire que rien ne peut être figé pour l’éternité. Et pourtant…

Et pourtant, j’ai choisi la photo comme d’autres choisissent le verbe ou le pinceau. Comme d’autres choisissent leur corps.

Je fige cette éternité qui nous obsède et nous angoisse, qui nous fait regarder le passé, qui nous fait réfléchir sur l’ombre et la lumière. L’œil voit tout, l’œil sait tout. A nous de participer au bonheur de la création par la retranscription physique d’un élément psychique.  

L’exposition de ces œuvres n’est que l’heureuse victoire de soi-même sur les éléments, sur la force qui nous anime dans la recherche de la beauté du monde.

Ici, j’entends évoquer et non illustrer. Révéler une fleur de vie dans l’instant vécu comme urgence. Aller à l’essentiel afin de pouvoir toucher le drame vital des lieux chargés de risques pour sauver sa beauté et son intensité.

L’homme du feu en moi, l’homme des urgences qui tenta de sauver des vies est parti à la recherche de l’essentiel, c’est à dire capter cette « touche de vie » qui triomphe de la mort !

Trouver en noir et blanc la densité dramatique et la sobriété des actions quotidiennes de la vie. Aller à l’essentiel qui sauve la vie, telle fut « la mission » que je me suis donnée dans mes photos d’Amérique : toucher la sobriété vibrante de cette fragilité poreuse qui côtoie le triomphe de la vie sur l’imminence des ténèbres. Rendre hommage aussi au lourd tribut des gens du feu.

Michel CORREARD – Photographe.